Le portrait du chef
PORTRAIT DE
CHEF : Cyril Boulet , du restaurant L’Air du
Temps à Chalon/ Saône
Après une expérience auprès des plus grands chefs
étoilés : Jung, Meneau, Rebuchon,
Troisgros ; Cyril Boulet, depuis 5 ans à la tête de son restaurant rue de
Strasbourg, exprime dans la gastronomie de bistrot tout son état d’esprit et
tout son art culinaire.
Comment vous est venu le goût de la
cuisine ?
Cyril Boulet : Comme
beaucoup, par le lien affectif de la transmission de la mère et la grand-mère.
De plus, à l’école je souhaitais me destiner d’abord à un métier manuel, et
artistique.
Comment définiriez-vous votre
cuisine ?
A l’image du cuisinier,
c'est-à-dire avec une sensibilité. C’est l’une des qualités, je pense
nécessaires, pour être un bon cuisinier reconnu durablement. Elle reflète
forcément se trait de caractère. Quelqu’un de sensible ressentira beaucoup plus
les choses importantes et artistiques en accord avec les sentiments du moment.
Pourquoi les mères sont-elles
souvent les meilleures cuisinières du monde ; car elles ont la sensibilité
de la texture, du goût… auprès de leur enfant.
Malgré tout, le caractère
entier va parfois ensemble. D’expérience, les chefs les plus pesteux sont aussi
ceux qui feront les plus grands efforts pour satisfaire les gens.
De manière plus générale,
j’aime le minéral, le vif, la précision, les choses courtes et nettes , à l’inverse respectivement, du gras, du flasque, de
l’à peu près et du grossier.
J’essaye, enfin, de tirer le
maximum des produits , de les réaliser de manière
différentes en travaillant sur les cuissons et les assaisonnements mais
toujours dans la simplicité.
Si votre cuisine était une femme ?
Elle serait une femme
généreuse et pulpeuse. En fait, j’ai plutôt un palais de femme qui aime la
simplicité, la douceur et la vivacité.
Si votre cuisine était un homme ?
Elle ne peu pas l’être pour
les raisons que je viens de vous évoquer. Je n’aime pas le côté abrupte et
grossier dans la cuisine. Je préfère le minéral et la finesse.
Quel est votre ingrédient fétiche ?
Le poisson. Il correspond
assez bien à mon caractère. C’est un ingrédient que l’on peut travailler
énormément, qui présente beaucoup de subtilité, et demande de la précision. Il
présente aussi l’intérêt d’avoir beaucoup plus de choses à faire découvrir aux
gens.
Selon vous, quelle est l’erreur à ne pas
commettre en cuisine ?
Devenir trop élitiste dans
l’élaboration et dans les tarifs de ces plats. Aujourd’hui, on ne devrait pas
avoir besoin d’une grosse culture gastronomique pour ressentir et apprécier une
cuisine.
D’autre part, je pense qu’il
ne faut pas rester figé dans la routine et dans ces plats. Ma cuisine d’il y a
10 ans n’est pas la même qu’aujourd’hui, car elle évolue avec mes attentes, mes
aspirations, mes sentiments personnels.
Enfin, il faut pouvoir rester
attentif à chaque service sur la finalisation des plats, surtout lorsque l’on
travail avec des produits frais.
Le ou les plats qui ont faits ou font la
renommée de votre restaurant ?
Pendant 5 ans, j’ai renouvelé
régulièrement la carte, cependant, deux plats ont peut-être caractérisés mon
esprit Bistro : la royale(crème brûlée de légumes
) et foie gras aux écrevisses pour le côté finesse, et la crépinette de queue
de bœuf à la feuille de chou vert pour le côté populaire.
Qu’est ce qui fait votre fierté ?
Ma famille
, l’esprit avec mon équipe, et le plaisir de transmettre quelque chose,
dans l’idée de savoir, faire-savoir et communiquer.
Votre pêché mignon ?
Je suis naturellement
gourmand mais je n’ai pas de produits privilégiés.
Un plat du Dimanche soir à la maison ?
Souvent, c’est simple, je
regarde ce qu’il reste dans le frigo. Alors, on peut partir sur des crêpes ou
des croques- Monsieur, ça plait à mes deux enfants. Mais on peut quand même
trouver à être créatif avec ces plats.
Ceci-dit, faisant un métier
prenant, j’ai parfois besoin d’un exutoire, et le Dimanche soir reste le seul
moment ou je peux vraiment en profiter avec des amis à dîner.
Un restaurant dans lequel vous aimez ou
aimeriez dîner ?
Chez Ducasse à Monté Carlo, pour y goûter une vraie bonne cuisine
provençale et méditerranéenne, avec de très beaux services, pour une cuisine
d’une grande simplicité avec des alliances de goûts réputées extraordinaires.
Si vous n’étiez pas devenu chef,
qu’auriez-vous fait ?
Je suis attaché au métier manuel.
Je pense que menuisier m’aurais bien convenu, car le bois est un matériau
magique, aux odeurs multiples. Il permet de trouver des ergonomies, des designs
pour rendre les objets beaux et utiles. Un peu à l’image de la cuisine qui
combine l’utile à l’agréable.
Quel
est votre devise ?
La simplicité du produit dans
la subtilité du travail.
Questions complémentaires :
Votre activité passion en dehors de la cuisine ?
J’aime la pêche, pour
plusieurs raisons : le calme, la réflexion saine, le respect de la nature,
l’idée d’honorer le poisson par le jeu de patience et de persévérance. Par
exemple, lorsque vous allez pêcher à la mouche dans le Jura au cœur d’un petit
torrent, vous allez peut-être revenir 10 fois avant de trouver la bonne
technique pour lever la vigilance de cette truite. C’est beaucoup de plaisir.
Ce qui manque à votre cuisine ?
Ce qui manque à Chalon ?
Quelle question auriez-vous aimé que l’on
vous pose ?
